L'esprit étroit
Une nouvelle où le psychologique et une bonne immersion dans l'histoire sont importants. Il faut juste, pour pouvoir ressentir les douleurs subies dans les méandres de mes intestins, que vous vous placiez dans la peau du personnage.
L'esprit étroit :
Je ne sais ni le jour ni l’heure, ni surtout l’endroit où je me trouve. J’ai peur. On dirait une sorte de cube de métal, sans portes, sans fenêtres, sans lumière. Seule une ampoule dans une des parois de cette cage. J’ai froid, je suis entièrement nu et je n’ai rien pour me nourrir. D’ailleurs, je ne sais pas non plus depuis combien de temps je suis enfermé ici. « On » m’a laissé tout de même du papier et un stylo. Qui m’a enfermé là-dedans et pourquoi ? Je ne pense pas qu’il y ait de vraies raisons pour que l’on me cloître dans cette prison. Non, au moins en prison, on a l’impression de respirer quand on compare avec cette boîte. Elle est très grande, peut-être des centaines et des centaines de mètres de long, je ne sais pas, parce que je n’ai jamais osé m’aventurer vers l’obscurité. A titre de comparaison, je dirais que ce serait comme marcher vers l’inconnu, comme si je marchais à la verticale vers le fond d’un gouffre sans clarté, qui ne s’arrête jamais. Je viens de me réveiller et j’ai déjà sommeil. Est-ce qu’on va me sortir de là et arrêter cette plaisanterie ?
Je n’arrive pas à dormir. C’est étrange cette fatigue qui malgré tout nous tient éveillé. J’entends mon ventre gargouiller. Oh bon Dieu, j’espère qu’on va me donner quelque chose à manger et à boire. Même si j’avais commis une faute grave, voire le pire des crimes perpétrés, qu’on me laisse survivre, afin de me repentir et de réfléchir sur ma faute. Mais là, je pense n’avoir rien fait pourtant, je n’ai tué ni trahi personne. Je suis un homme bien. Je n’ai rien fait. Et si j’avançais vers le fond ? Non, y a peut-être des pièges. Ceux qui sont assez fous pour m’emprisonner dans ces sortes d’oubliettes (car oui, on m’a oublié) le sont sûrement bien assez pour me rendre la tâche encore plus difficile pour me faire connaître de nouveau. Non, je ne peux pas avancer. Le plus angoissant, c’est cette absence d’ombre, pas une seule silhouette. Je vais essayer d’appeler.
Non, il n’y a rien, un écho gigantesque. Oui, je suis vraiment seul. Bon, je vais quand même essayer de dormir.
Je viens juste de me réveiller. Perdre la notion du temps nous donne cette impression de vieillir si rapidement et en même temps, un accès à l’éternité. Dans mon cas, mon âge m’importe peu. La seule relation que j’ai avec le temps se résume en une question : « quand viendra-t-on me chercher ? » Car je sais qu’il faut subir plusieurs jours de souffrance avant de crever de faim. Non ! Pas mourir, je ne veux pas mourir et je ne vais pas mourir. Mais bon, quand même, j’ai peur. Cela me donne presque envie de prier. Non pas de pleurer car je n’ai pas encore été frappé par le désespoir. Putain, j’ai envie de pisser. Ah les salauds !
Bon, j’ai été pisser un peu plus loin, là où l’éclairage de l’ampoule se fait encore. Pas de bouffe, pas de lumière, pas de toilettes, pas de vêtements. Et si on m’observait ? Mais qui est « on » ? Hein ?! Qui est-ce ? Je me suis dit qu’on voulait peut-être faire de moi un cobaye humain, tester la capacité de résistance avant qu’on me fasse péter un plomb. Enfin, je crois que c’est fini les tortures des camps de concentration. Ah j’ai faim. Surtout que j’ai du mal à penser, à construire des phrases. Et si on ne venait pas ? Ou bien a-t-on voulu m’enfermer pour que je puisse écrire ce que je ressens. Veut-on seulement un résultat pour étudier la forme stylistique d’un futur fou. Un fou qui va crever comme un poisson. Je voudrais tellement sortir d’ici, même avoir un peu de lumière et un morceau de pain, qu’il soit rassis si vous voulez, mais quelque chose qui puisse enrayer les cris de mon estomac. Parce qu’une fleur sans sève va mourir, comme une abeille qui appelle au secours. Que j’ai faim…
Je ne sais plus écrire assis, il faut constamment que je bouge, car mes fesses sont complètement gelées au contact du métal. Après que j’ai considéré que j’étais dans une boîte en fer, je me mets à penser que je suis dans un réfrijirateur. Je ne sais même plus comment ça s’écrit. Enfin, il fait froid et le plus consternant est que je ne peux pratiquement pas voir ma queue rétrécir comme un vieux morceau de lardon qui a perdu sa graisse. Même le fer ne reflète pas mon visage qui doit être cadavérique. J’ai froid, j’ai terriblement froid.
Je me suis évanoui, je pense que ce fut le froid et maintenant, il fait chaud comme dans une cocotte-minute. Plus de doute, il y a bien des fils de pute qui veulent me faire craquer. Mais où sont-ils cachés ces connards ? Qu’est-ce qu’ils me veulent ? J’ai bien envie de ne pas écrire, afin de ne leur laisser aucune trace, de manger le papier et le stylo, si seulement j’avais une autre préoccupation que celle-ci. Et puis, qui sait ? Un jour, pourra-t-on lire ceci, à moins qu’on puisse réellement croire que ce qui m’arrive s’est réellement passé. Qu’ils soient des connards, j’espère que ce ne sont pas des meurtriers, des bourreaux. Ah mon Dieu, pourquoi moi ? Ca y est, je me retrouve à présent dans un chaudron de sorcière dans lequel on me fait cuire à feu doux. Je commence à être sur les nerfs. Cela fait, je ne sais pas combien de temps, que je n’ai pas bouffé un truc. D’ailleurs, mes rêves sont peuplés d’oiseaux, déplumés et fumants. Et cette faim n’a de cesse que de me donner des vertiges, de coups de fatigue et un état nerveux intense. L’épuisement et la nervosité n’étant pas compatible, je ne m’entends presque plus penser. Je tremble et j’ai peur putain ! Je suis complètem
Je me suis réveillé en sursaut, après un cauchemar. Et j’ai découvert à côté de moi un objet. Lorsque je me suis approché de lui, je ne me suis pas rendu compte tout de suite de ce que c’était. Directement, j’ai pensé qu’il y avait donc une ouverture quelque part, car cette chose n’a pas pu apparaître par miracle dans ma prison. Et l’observant de plus près, puisque mes yeux ont eu le temps de s’habituer à l’absence de lumière, je ne pouvais pas en croire mes yeux. C’était une tête de chien, fraîchement coupée. On m’a largué une tête de chien pour que je bouffe. Ils croient que je vais bouffer sa saloperie de cerveau. Rien que d’y penser, je vomirais tout ce que je n’ai pas mangé. Après ma fatigue, mes vertiges, mon état de forcené, j’ai maintenant des haut-le-cœur. Et pourtant, il faut que je mange. Qu’est-ce que tu en dis ? Il doit avoir un gros cerveau
Je suis parti dégueuler. Il faut que je mange, car à y réfléchir, si je laisse cette tête, elle va pourrir. Premièrement, je ne pourrais plus la manger et deuxièmement, l’odeur de cerveau moisi, mélangée à l’odeur de l’urine, pourrait agir comme un acide plus que corrosif dans mes poumons. Mais d’où vient cette tête ? Et si c’était au fond ? Il faut que je marche vers le fond. Et peut-être qu’on ne veut pas que j’y aille. Peut-être qu’on va lâcher les chiens sur moi. N’avancez pas ou les chiens vont manger votre tête avant que vous n’ayez mangé la leur. Je les vois déjà ces cinglés, avec leurs blouses blanches. Mais j’ai envie de partir, je n’ai rien fait.
Je suis resté des heures sûrement le visage entre les cuisses, dos au mur. Je ne fais que pleurer, parce que c’est comme dans les films. On voit les personnages pour qui leur vie défile parce qu’ils savent qu’ils vont crever. Ah, je voudrais voir un bon film. Rien que pour avoir de la pitié pour le gars qui va mourir à cause d’un psychopathe. Qui tourne un film de moi ? Qui s’intéresse à mon angoisse à ce point qu’il ait envie de me garder rien que pour lui ? Encore j’entendrais une réponse, même un son, un léger son, me prouvant qu’il y a de l’action quelque part dans le noir profond, je serais rassuré. Mais là, on s’en fout. Et si je longeais le mur, peut-être trouverais-je une issue ? C’est un test assurément. On n’enferme pas les gens juste pour savoir qu’ils sont en train de crever de faim dans leur propre pisse. Bon. Je vais voir. Je reviendrai si j’ai trop peur. Mais j’ai déjà peur. Putain, qu’est-ce qu’on va me faire ? Bon, je vais voir.
Cobaye n°1 mort après évasion, test concluant
04/09/05 - 11:52
La tête de chien coupée m'a rappelé cette scène du Parrain où le gars se réveille avec la tête coupée de son cheval dans le lit.
pyram