Amalgame des espèces naturelles
Voici la manière littéraire avec laquelle vous pourrez imaginer le sentiment de souffrance, à quitter la terre natale, le milieu naturel de mon existence, à quel point s'en séparer est symbole de mort. Voici le destin de mon enfance. De toute manière, toutes les bonnes choses ont une fin.
En passant à travers les arbres qui filtraient plus ou moins la lumière, il s'imprégnait de la fraîcheur du mois d'avril, encore tremblant sous un soleil blanc, aveuglant et froid. Numéro n°1 se plaisait, solitaire, à serpenter entre les troncs frémissants et à se couvrir des souffles satinés du vent. Il aimait aussi extirper la première feuille du bel arbrisseau charnu à l'orée du bois, comme une marque de son appartenance. Mais cette fois-ci, l'arbuste n'avait plus de feuilles, vertes en cette époque d'humidité. Et certaines cimes autrefois luxuriantes de vie se retrouvaient nues, comme un enchevêtrement de vaisseaux sanguins desséchés. Lorsqu'il arrivait dans la clairière où il avait l'habitude de fredonner, Numéro n°1 vit devant lui, à quelques mètres, un amas de feuilles d'un vert encore vivace. Quand il s'approcha, l'amoncellement formait un grand cercle, cinq ou six mètres de diamètre.
Un enfant de sept ans environ en son centre.
Il avait l'air de dormir comme dormirait un faon au creux du ventre de sa mère. Et, au sein de ce berceau chaud, il n'avait crainte d'aucun danger. Il dormait, une main sur le cou, en fœtus. Il avait la peau brunie, tendre à la vue ; il était nu comme un ver et ne semblait pas tenaillé par la douceur printanière. Il vivait au beau milieu de l'inconscience. Supporté par ce matelas de feuillage, il faisait penser à un fruit naissant, illuminé par le soleil qui rendait sa couleur éclatante.
Cependant, Numéro n°1, trouvant le spectacle plus étonnant qu'émerveillant, se demandait d'où venait ce garçon sans habits, au centre d'une forêt déserte, endormi sur un tas de feuilles. Il ne paraissait pas étique ni même triste. Il avait d'autant plus un visage radieux qui rappelait les visages heureux de l'innocence enfantine.
Numéro n°1 réfléchissait alors sur ses actes. Il fallait qu'il signale de toute façon la présence de l'enfant qui aurait pu paraître abandonné s'il n'y avait pas eu cette voûte de feuilles sur laquelle il sommeillait profondément. D'un pas hésitant, Numéro n°1 marcha sur le lit de nature et s'approcha de l'enfant. Il s'agenouilla devant le petit et remarqua maintenant son extrême beauté, la délicatesse de ses traits. En tâtant son pouls, son cœur battait lentement, comme tout cœur assoupi.
Numéro n°1 décida alors de soulever le petit homme qui ne quitta pas le monde des rêves et sortit de la forêt, supportant le frêle poids de l'enfant dans ses bras. Il s'attendrissait devant cette trouvaille bien inattendue. Revenant au village, il se rendit à l'hôpital. Il appela une infirmière. Elle nota sa froideur. Son visage avait perdu sa clarté originelle.
- Il n'a plus de pouls! s'écria alors l'infirmière.
Personne n'a pu ranimer la sève du fruit décroché de son arbre, le flux de la nature qui nourrissait les sages pensées d'un être qui ne souhaitait que la seule liberté de vivre.
L'année qui suivit, Numéro n°1 voulut laisser la première feuille de l'arbrisseau, à l'orée du bois, pousser et mourir comme à chaque venue de l'automne, selon les lois des saisons.