Sublime érotisme
Quoi de plus beau dans la vie d'un homme que d'être amoureux, de faire découvrir à l'autre combien on l'aime, combien notre intérieur est bon. Mais à trop vouloir primer le sentiment, le fou se voit adorer ce que l'on lui laisse : le corps, l'extérieur. Ainsi commence la vie du psychopathe en manque d'amour...
Nouvelle achevée le 2 octobre 2005
« Quoi de plus beau, plus inspirant, qu’un nu en peinture ? » Le jour où ma mère, de sa superbe stature, grande et élancée, s’est déshabillée devant moi et m’a regardé dans les yeux, il m’était difficile de supporter le poids de ses pupilles sur les miennes, parce qu’elle tentait de me séduire. Mais il m’était agréable à contempler le ventre délicat qu’elle arborait, au-dessus d’un tendre feuillage blond éclatant. Elle a décidé de me prendre dans ses bras, mon visage d’enfant sur son sein encore candide, d’une chaleur câline que le nouveau-né cherche à tout prix. « Tète-moi mon bébé, je suis là, regarde comme je suis belle »
Et je l’observais, du haut de son cou fin jusqu’à ses pieds frêles. Je tétais sans que rien ne vienne remplir ma bouche, sinon un morceau de chair humide entre les dents. Pendant que je savourais cet instant de réminiscence, je sentais comme le passage d’un vent bienfaisant, qui était celui des mains de ma mère, le long de mon corps, jusqu’au bas de mon ventre. « Je suis là, mon enfant, je te protège, mon corps te soutient » Elle s’immisçait dans mes vêtements, tout en me priant de la regarder, ne regarder qu’elle, regarder sa silhouette angélique et son corps pauvre en défauts. Des gens me disent que c’est un viol, je nomme cela apprentissage. Ma mère, ma sainte mère m’a enseigné que la beauté du corps renvoyait l’amour.
Quoi de plus beau, plus inspirant, que ma mère nue en peinture ? Devant un peintre qui est devenu mon père et fou après l’avoir connue, elle a posé, de toute la splendeur qui émanait de sa personne. « Ne regarde que l’extérieur des gens, tu profiteras de leur plus grande beauté. Les cœurs des gens sont sinistres, faux et impitoyables. Ils viendront te voir quand ils trouveront intérêt à venir. Cela les rend égoïstes. Ne tombe pas amoureux d’un cœur, sinon du corps qui se soumettra à tes mains. Aime-le comme une offrande au dieu que tu es. » Alors, je suis devenu esthète du corps humain, j’ai étudié l’anatomie et me suis nourri d’un excédent de chair, muscles et os en papier, dans les livres de science. Toute ma vie se résumait à cette passion pour le physique, la matière palpable et tendre. Je vouais un culte à l’érotisme sublimé, à en crier grâce, à supplier que cet accès à la beauté me rende la liberté. Car ce fut une souffrance.
Quoi de plus beau, plus inspirant, qu’un nu dans un lit, à m’attendre ? Mais ce n’est que l’esthétisme du corps qui aveuglait mes yeux devant pareille laideur. Oh ma tendre et céleste mère, toi qui gouvernas mes plus divines pensées, l’harmonie de tes traits en reine, avec quelle enveloppe pourrais-je comparer la tienne ? Je n’ai d’yeux que pour la fadeur. Et pourtant, je les aime. Et si je les aime, c’est que je possède un cœur. « Ne tombe pas amoureux d’un cœur. » Moi qui me suis intéressé à l’image du corps, jamais je n’ai porté attention au sentiment. Comme un être repoussé par les palpitations de cet organe qui jase sans cesse, déblatérant un flot infini d’émotions insondables, je conclus que ma mère avait raison : s’amouracher du cœur de l’autre est une bien belle futilité et rien ne remplace le langage symbolique et délectable d’une silhouette.
Quoi de plus horrible, plus répugnant, qu’un nu que l’on ose saccager ? Faire l’amour, comme l’indique cette expression faussée, voudrait signifier que l’amour est un partage de notre chair afin d’atteindre des sphères, d’une densité étouffante, d’excitation, armé du prétexte d’être amoureux et de dévaster la pureté d’un sexe pour un bienfait apaisant et sordide. Comme tout homme, animal avant tout, pourvu d’un instinct primitif de conservation, j’ai fini, en guise d’expérience, par faire l’amour à une femme qui prétend connaître mon cœur et s’en être émerveillé. C’est à peine si je sentais en moi l’envie de vouloir la pénétrer. Car depuis longtemps déjà, le corps ne demeurait qu’une icône de plaisir visuel, où l’on pouvait poser dessus ses yeux sans éprouver le moindre remords. Puisqu’elle sentait que mon ardeur sexuelle était glaciale, elle a subitement transformé son visage de femme offerte en celui de femme cruelle.
- C’est comme ça que tu m’aimes ?
- Je ne suis pas sûr de t’aimer, tu sais. Je ne sais pas ce que je fais là en fait.
- Tu ne sais pas ? Tu es censé me faire l’amour, crétin !
- Je suis désolé, voyons… C’est ma première fois et je ne me sens pas à l’aise, car je ne vois en toi que ta beauté pure.
- C’est une moquerie ou alors tu es fou ?
- Je croyais que tu m’aimais, comment peux-tu être si odieuse ?
- Parce que je ne suis pas censée être dans cette position pour rien.
- A quoi cela te sert de faire l’amour ?
- Tu devrais au moins essayer de le faire, tu comprendrais.
- Je n’en ai pas envie, pas avec toi.
Elle se releva, se rhabilla en criant.
- Tu ne sers à rien, retourne dans tes bouquins, regarde la page du cœur et peut-être tu saisiras l’importance du sentiment.
Quoi de plus beau, plus inspirant, qu’un nu en colère. Elle sortit comme une furie, laissant derrière elle sa présence encore palpable, par les mots qu’elle a prononcés. « Regarde la page du cœur. » En inspectant chaque livre, un par un, qui traitait de cet organe essentiel, aucun ne définissait le cœur comme le siège du sentiment. Pourtant, combien elle avait raison, puisque je sentais mon cœur redoubler de vitesse et gonfler d’émotions en admirant le galbe d’un sein fragile. Serait-ce de l’amour alors que de sentir son cœur palpiter convulsivement lorsque une vision vous attire ? Oui, une vision. Rien ne satisfait dans l’acte de faire l’amour qui, au contraire, rend malheureux par son absence de bien-être. En me promenant, je lus tout à coup, sur une pancarte : « Histoires de cœur. » Mais quelle est cette histoire ? En feuilletant le magazine pour femmes, je découvris des témoignages qui n’avaient aucune consistance, qui parlait d’inutilités. « Mon mari me trompe… J’ai peur de retourner avec lui… Il m’a tellement ouvert l’esprit et mon cœur… Je crois que je suis amoureuse de lui… Nous avons des problèmes sexuels, que faire pour les résoudre… » Ce recueil de phrases, qui semblaient se répéter sans cesse, me faisait prendre conscience, malgré l’idiotie des dires, que l’amour avait deux fondements possibles. Soit l’amour est un divertissement pour remplir des pages de magazines, soit c’est une maladie qui se propage par des problèmes érotiques ou des peurs démesurées. Quoiqu’il en soit, l’amour est bien une certitude, puisqu’il touche tant les humains.
Quoi de plus beau, mais de plus éprouvant, qu’un nu en train de mourir. Je voulus connaître le cœur afin de l’examiner. Je me mis à la recherche d’une femme pouvant m’aimer, même si je ne savais pas comment reconnaître une femme ayant un penchant pour moi. La science m’a aidé, puisque je m’examinais moi-même dans un miroir pour m’apercevoir de la structure d’un corps. Il a fallu que je développe mes muscles et voir la rondeur de ceux-ci. Ainsi, d’extérieur, les regards des femmes, comme captivés par une apparence divine, fixait la proportion de mes épaules amples. Ma sainte mère m’a offert un visage que l’on a jugé « bouleversant à admirer, tout comme sa mère. » Il ne me fut pas difficile d’attirer l’une d’entre elles dans le piège de ma joliesse. Je lui demandais de se mettre nue, seul instant où l’agréable m’était permis. Et elle m’a pris tendrement par les mains, dans un sourire radieux, m’invitant à s’allonger sur son corps exhibé. Je la voyais heureuse, m’imaginais son cœur lui verser des litres de sang en travers son corps qui réclamait l’assouvissement. Je lui plantai alors un poignard dans le thorax, si fortement qu’elle en fut incapable d’hurler sa souffrance. Lorsqu’elle sombra dans le néant, je me mis à découper son corps ensanglanté au niveau du cœur et le pris dans ma main, qui absorbait sa chaleur encore récente. Mais en l’ouvrant non sans peine, je découvris alors le vide dans les ventricules et les oreillettes qui le composaient. L’émotion était-elle tactile, pouvait-on la voir ou était-elle aussi invisible et immatérielle que l’air que nous respirons ? Quoiqu’il en soit, je ne sentais que de l’insignifiance à regarder ce cœur charcuté.
Quoi de plus encombrant, plus tape-à-l’œil, qu’un nu sans cœur ?
Mais je m’interrogeais toujours sur la nature de ce sentiment amoureux. Bien des pensées se nouaient dans une confusion inextricable. « Ne tombe pas amoureux d’un cœur… Je crois que je suis amoureuse de lui… C’est une maladie… Regarde comme je suis belle… » Je suis en fait impuissant à l’amour, ce qui ne m’empêchait pas vouloir continuer ma quête. Mais je ne voulais plus ouvrir le corps d’une femme.
Mais qui est-ce ? Qui me dérange dans mes pensées ? Quelqu’un frappe à la porte. Devant moi apparaissait ma mère. « On m’a libéré mon amour. » Il m’était impossible de ne pas remettre le visage de celle qui m’avait enfanté, qui m’avait pour la première fois enseigné ce qu’est… Maman… je t’aime…
Quoi de plus beau, plus inspirant, plus parfait, qu’un nu. Celui de ma mère. Comme lorsque j’avais l’âge de raison, ma mère s’asseyait et prenait ma tête sur ses genoux, entrant dans la bulle de sa nudité sublime.
- Maman, je t’aime, contemple mon amour.
Je plantai alors le poignard dans mon cœur, dans l’espoir de vivre assez long pour scruter la clarté enfouie dans mon cœur pierreux. Ma mère hurla de désespoir à me voir mourir dans une douleur atroce. « Non ! Pas ton cœur… »
02/10/05 - 19:43
Quelle sublime histoire, steve. Je ne saurai imposer sur ton corps le poids de mes mains trop rugueuses pour comprendre les finesses, les tréssaillements que ton corps si parfaitement usiné à cette céleste beauté sauraient encore réveler des battements de ton amour tout entier tourné vers la dévotion à une felure insoutenable dans ton intégrité, d'un vice divin de celui, d'un amour jugerait-on parfait s'il était possible de juger lorsqu'on est tout amour. Mais cela ne l'est pas, et aucun jugement n'est envisageable pour parler de ce qui te relie à ta mère. Le coeur des femmes étant si sale, est-ce dans le coeur des hommes que tu trouveras la paix ? Ton amour pour ta mère est-il si sublime que tu n'es autre que féminin...
skyrl