22/11/2006Le rôle de mon humanitéMon but est d'émouvoir. Je veux être sûr d'en être capable. Je veux qu'on soit capable de m'aimer parce que j'ai compris l'intérieur des gens. Et je veux créer, à partir de la mélancolie, de la joie, qu'on puisse éclater d'un sourire la sombre carapace, qui nous désunit du bonheur de vivre.
Mes mots veulent être des étreintes, des caresses, qui prendraient votre esprit, ainsi que mes mains contiendraient votre visage rembruni.
Comme lui, lui qui les a chargées de sa tête aux yeux humides. Son corps sanglotait, sous les percées de lumière, au travers des feuilles de peuplier qui mouvaient dans le vent timide. Nous étions sur un chemin de forêt, le soleil nous arrosait tendrement.
Il pleurait dans mes mains, et je ne savais pas qui il était, agenouillé face à moi.
Il levait les yeux, alors je le reconnus bien sûr : ses peines avaient tant nourri mon imagination qu'il était impossible de le contempler, sourire au visage. Pourtant, je l'avais déjà vu, ce sourire absent...
Il avait laissé ses larmes dans mes paumes. Aux rayons du soleil, elles scintillaient d'une magnifique couleur verte, comme si on tirait l'essence d'un brin d'herbe jeune. Il me regardait l'air impassible, moi qui soutenais la lourdeur de son tourment.
Puis commencèrent à croître, au creux de mes mains, des pousses, des fleurs aux longues tiges et aux pétales exquis, pleins d'orange et de bleu, des lianes qui s'entrelaçaient, tournaient et ceignaient mon bras, qui s'élevaient doucement et avec grâce, comme un ballet naturel qui dansaient sur la terre fertile de ma peau.
J'ai su créer des tristesses une beauté, d'une larme une allégresse. La vraie tristesse n'est pas, pour tous les cas, de croire éperdument qu'un tel bonheur puisse être vrai, mais bien de ne pas chercher, dans ses propres pleurs, la grandeur de notre être qui s'y cache.
Ah Nature, mère des fluides sur lesquels nous voguons. 13/11/2006L'âcre douceur d'un rêve inaccessibleIl y a entre nous une barrière longue de plusieurs années-lumière, communiquant comme des inconnus, mais en sachant certaines choses l’un de l’autre, comme la connaissance d’une autre galaxie. Je n’avais jamais vu une aussi grande barrière, et c’est elle-même qui me fait peur. Et la peur suscite le tremblement, l’inquiétude.
Si un jour tu venais à franchir cette grande cloison, comment pourrais-je réagir à cette intrusion dans mon monde d’un tel ange ? Serais-je hystérique ou bienheureux, stupéfié ou chancelant ? C’est qu’on n’entre pas dans le monde de l’autre sans conséquence. Le reste est la condition de l’instant.
Mais que j’aimerais frôler ta peau d’un mouvement si faible que tu la sentes à peine, tout mon être serait invisible, mes gestes fantômes et seule serait ta lumière la grandeur de mon sourire. Je te regarderais comme un enfant, avec des yeux aussi innocents, car je découvrirais le plaisir de la beauté.
Mais cette barrière te rend si inaccessible, impossible à t’imaginer autrement, comme Saint Jean-Baptiste, voulant m’emmener aux cieux en sa compagnie. Tu m’es tellement inconnu et si proche de l’horizon : on avance vers toi sans te rencontrer. Tu ne représentes que ma peur de l’autre, celui que j’encense. Et je dois subir constamment l’assaut de pensées noires et de spasmes psychiques, qui ne s’en vont jamais.
Que m’as-tu fait, quel est ton envoûtement ? Tu as ceint mon esprit comme un poignet. A toi seul, tu incarnes l’ambivalence : de toute envie naît son contraire, et mon désir devient soudain répulsion. A m’attirer et me refuser, mon être s’écartèle et la douleur provient du ventre, de mes intestins. Ma douleur est viscérale. C’est une âcre douleur qui a surgi le jour où j’ai eu l’audace de rêver de toi.
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